doigts glacés À l'odeur de menthe

Vendredi 02 décembre

Dans le jardin il est toujours question du temps, il fait trop chaud, il pleut, il fait trop froid. Ca détermine beaucoup notre envie ou pas d’aller « jouer dehors ». C’est sûr que comme ça, l’idée de se geler les doigts dans la neige pour déterrer des plants, ça ne fait pas rêver…

Pourtant une fois qu’on s’est lancé, on ne le regrette pas je vous assure.

Tandis que les pieds de tomates, d’aubergines, de concombres, de melons, de piments…etc. finissent tranquillement la saison, sous la neige les fines herbes, on le voit bien, sont encore pleines de vie. On voudrait les protéger afin de pouvoir les récolter quand on le voudra.

Avant de construire ma couche froide dans le jardin (article précèdent) j’ai donc décidé de transplanter -déplacer- l’origan, la menthe, le persil, la molène (plante médicinale bon pour le système respiratoire) et les pieds de kales que j’avais, de façon à les placer dans un endroit où ils auront le maximum d’heures d’ensoleillement durant l’hiver.

J’ai même planté un pied de fraisier qu’on m’a donné en début Novembre, juste comme ça pour essayer.

Les bons points de travailler la terre en novembre c’est qu’elle est meuble et gorgée d’eau, il n’y a aucune résistance lorsque l’on veut déplacer la menthe .

Une fois la neige dégagée des feuilles, l’odeur incroyablement nette et marquée de la menthe et de l’origan arrive. Un peu comme les pluies d’été accentuent l’odeur de l’herbe fraîchement coupée, vous voyez ?

 On en oublierait presque que nos doigts commencent à être engourdis.

(Ultime conseil : faites particulièrement attention aux petites branches du persil et aux feuilles de kales avec le froid c’est fragile comme une plaque de verre et se brise très facilement !)

                                                                                             

Je me suis retrouvée dans la même épreuve de courage pour construire ma couche froide avec en plus cette fois-ci un manque de confiance : « Est-ce que je vais réellement arriver à scier cette planche droite ? En biais ? -avec une scie à main bien entendu !-. Toute seule ? Je vais utiliser une perceuse/visseuse électrique pour me faciliter la tâche. Okay je n’y arrive pas. Rha, j’ai froid. Bon je vais prendre un marteau, où sont les clous ? Ici parfait. »

Devinez quoi, j’y suis arrivée. Elle n’est pas parfaite, mais peu importe, une fois la fenêtre posée dessus ça fonctionne ! Et je ne vous parle pas de la satisfaction de la placer dans le « jardin d’hiver ». Essayez, vous ne serez pas déçus !

 
Découvrez plus de photos de la couche froide dans latelierblossom sur Instagram !

 

Potager d’hiver : la construction d’une couche froide

Jeudi 24 novembre 2016

A l’arrivée de l’automne et de l’hiver on est frustré de ne plus pouvoir être dans le jardin : flâner en regardant pousser son persil (Vous ne faites pas ça ? Vous devriez ! C’est l’équivalent de 2 heures de yoga !)

La bonne nouvelle c’est qu’il est possible de prolonger la vie dans votre potager en construisant une couche froide, aussi appelée « cold frame ».

Le principe est simple : 4 planches de bois et une fenêtre récupérée qui protège votre carré de jardin ou votre bac de culture sur balcon.

Les tous premiers fermiers urbains parisiens du XIXème siècle utilisaient la couche froide et les cloches en verre afin d’accélérer la croissance de certains végétaux ou prolonger les récoltes durant l’hiver. Eliot Coleman, spécialiste du potager sous la neige, en fait également mention dans son livre Four Saison Harvest;

Elle permet de capter la lumière du soleil même durant les journées les plus courtes et protégera vos légumes des grands gels des nuits d’hiver.

Avant que tout soit recouvert par la neige ou écrasé par la pluie : construisez votre petit paradis productif.

Quoi mettre dans la couche froide ?

  •  Epinard – Feuilles de laitues – Mâche – Roquette – Radis – Mizuna (salade au léger goût de moutarde). S'ils ont été plantés tardivement, ils peuvent être récoltés tout au long de l’hiver.
  • Carottes – Betteraves – Radis – Chou-fleur –  Kale – Persil – Bettes à cardes. S'ils sont en terre depuis le 1er août/15 août.

La plus belle récompense de cette construction sera la cueillette de vos feuilles de kale fraîche au mois de décembre!

*Merci à Alexandra Nolot pour son incroyable talent d’illustratrice.


 

Le changement à pleines mains

Mardi 15 novembre 2016

Il y a les convaincus : les militants de la première heure, les engagés. Il y a les sceptiques : les « réalistes » ou défaitistes sur le fait qu’on ne peut pas changer le monde et que de toute façon il est trop tard. Et puis, il y a les « je ne me sens pas très concerné par tout ça ». Dans tous les cas, je ne suis pas certaine que ce qui changera vraiment les choses soit un cadre juridique étatique international et des engagements – respectés à moitié – par des pays comme la COP 21 par exemple. Ne nous mentons pas, ont-ils réellement encore la main mise sur la quantité de pétrole consommée par les grosses firmes (seules à régir le rapport de domination entre pays) ? Et sur notre façon de consommer au quotidien dictée par ces mêmes entreprises ?

Mais alors, qu’est-ce qui peut vraiment changer les choses ? Les projets qui proposent des manières alternatives et très concrètes de vivre : acheter, manger, produire, vivre ensemble. Que ce soit en créant des ateliers de conservations d’aliments gratuits, de partage de techniques d’agriculture urbaine, en créant sa ferme bio-intensive, en organisant des conférences sur la fonte des glaces dans le grand nord ou en imaginant des produits de conservation des aliments ! Que l’on soit ruraux et citadins convaincus : plus les initiatives seront variées, plus les profils des gens seront hétéroclites et plus il y aura un élan général de convaincus. C’est ça qui provoquera le vrai changement, les États ensuite emboîteront le pas.

Une grande toile de propositions de « transition » apparaît alors. C’est un fait tangible et c’est extrêmement enthousiasmant. Elle créée ainsi petit à petit une société aux multiples visages fonctionnant avec une économie verte remplaçant l’économie pétrolifère d’aujourd’hui.

 

 

Et je vous promets que le nombre de ces initiatives sont incroyablement nombreuses ! Parmi elles : La ferme et l’École de Permaculture du Bec - Hellouin en France en fait partie. Charles et Perrine Hervé - Gruyer ont créé leur ferme il y a une dizaine d’année. Ils sont considérés comme des pionniers en permaculture et en agriculture bio-intensive sur petite surface.

Ils bénéficient aujourd’hui d’une grande renommée et sont désormais cités comme référence tant pour l’incroyable rendement, la productivité et les techniques novatrices, que pour la beauté de leur ferme et son havre de paix qu’ils représentent. Je vous invite très fortement à aller faire un tour sur leur site internet et encore plus à visionner une vidéo de quelques minutes que vous pourrez trouver ici : http://www.fermedubec.com/

La permaculture est une science de conception de cultures, de lieux de vie, et de systèmes agricoles humains utilisant des principes d’écologie et le savoir des sociétés traditionnelles pour reproduire la diversité, la stabilité et la résilience des écosystèmes naturels.*

Leur livre publié en 2014, m’a bouleversée et complétement éveillée. Charles et Perrine ont acheté leur terre et se sont lancés dans l’aventure sans aucun bagage agricole. Aucun. Il est donc possible de trouver de nouvelles techniques et de nouvelles façons de faire. Alors que l’on pense souvent devoir avoir des expériences et des diplômes pour se sentir légitime avant de se lancer, le message que j’ai retenu du livre est plutôt celui-ci : Il faut essayer sans avoir peur de se tromper. Tenter, trébucher, recommencer.

La ferme met en pratique un ensemble de solutions inspirées du fonctionnement des écosystèmes naturels, qui permettent de produire en abondance des fruits et légumes : culture sur buttes, agroforesterie, cultures associées, traction animale, BRF (Bois Raméal Fragmenté), EM (Micro-organismes Efficaces).

Bien comprendre l’espace et l’écosystème avec lequel on va travailler passe par un bon travail d’observation au préalable : des vents dominants du terrain, des points d’eau, du soleil… etc. Par exemple, il faut faire en sorte qu’aucun rayon du soleil ne soit « perdu » en installant un verger : planter les espèces par ordre décroissant en taille : mettre en dessous de pommiers ou de pruniers, un noisetier puis des petits arbustes à fruits type groseilliers, une optimisation de l’espace est ainsi garantie et une production de qualité également.

La production maraîchère de la ferme est plusieurs fois supérieure à la moyenne nationale par unité de surface, pratiquement sans recours aux énergies fossiles : une surface cultivée en maraîchage de 4000 m2 a produit de 80 à 120 paniers hebdomadaires en 2011 et la marge de progrès est importante.

 

 

Les concepts de la permaculture appliqués ici ont donc pour objectif de créer un paysage comestible en s’inspirant du vivant et de la nature. Près de 800 variétés de fruits et légumes, plantes aromatiques et médicinales sont présents dans les jardins, les animaux eux aussi participent à cette espace de vie : le mélange, la variété et une certaine humilité de l’homme dans cette agriculture à petite échelle semble être la clé gagnante.

Les espaces de cultures y sont eux aussi pour quelque chose dans ce petit paradis sur terre, une forêt jardin (forêt comestible) ; une serre de 600 m2 avec un poulailler (à l’intérieur !) ; un jardin de buttes plates ; un jardin mandala ; une île jardin : tant d’espaces qui font rêver juste à leurs évocation.

Au début du livre, Charles Hervé-Gruyer relate une anecdote qui explique probablement une grande partie du succès que connaît la ferme : dans les premières années, lorsqu’il y avait quelques visiteurs seulement. Charles avait surpris un visiteur resté plus tard que les autres à la fin de la journée, un peu à l’écart, habillé en costume cravate - le vestige de sa journée de travail - en train de câliner le dindon de la ferme. La scène fait forcément sourire, mais elle est très éloquente sur le besoin du retour à la nature que nous pouvons ressentir aujourd’hui.

Joël Salatin, fermier précurseur qui se bat pour une agriculture raisonnée et une consommation locale, écrit ceci : "La liberté n'est pas seulement réservée aux groupes de discussions universitaires ou un beau mot dans les discours de nos politiciens. La liberté, c'est quelque chose qui se goûte, qui se voit, qui se sent et se ressent. Et pour la conserver il faut l'exercer. [...] Quiconque s'intéresse à l'essor de l'agriculture Québécoise intègre, doit lire ce livre, en assimiler les données et les idées profondes, puis agir avec conviction et détermination." Préface de "La ferme impossible" de Dominic Lamontagne. J’espère que cela vous inspirera autant que moi.

* Adapté de «Edible Forest Gardens, Ecological Vision and Theory for Temparate Climate Permaculture», Dave Jacke. p 354.